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 Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle

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Tamanoir
Chasseur de Monstres
Tamanoir

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Date d'inscription : 09/07/2014

Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle   Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle - Page 2 EmptyMer 28 Aoû - 23:52

Mes mots me reviennent, tordus, brisés, déformés par la corruption. Voilà ce que sont les fragments. Un reflet perverti de l’humain.

Je te hais, petit extrait de brume. J’aimerais te faire subir ces milles tortures que l’on prononce à voix basse durant la nuit pour s’effrayer au coin du feu, sans trop élever la voix, de peur de les convoquer. Je suis l’orée de la foret. Je suis tes propres ténèbres.

Je suis un chasseur et tu es ma proie.

Tu me comprends. Tu me comprends mais tu ne veux pas répondre. Ou peut-être ne peux tu pas répondre.

Debout, je tourne autour de ce fantôme de femme, cet être nimbé de filaments légers qui touchent à peine notre réalité du bout des plumes. Ses traits sont éthérés, factices. Je hais sa vulnérabilité feinte, ses silences pesants, l’écho de mes mots et son imitation artificielle de ce qui fait notre essence.

« J’ai toujours été fasciné par vous. Qu’est-ce qui vous créé ? D’où venez vous ? »

Le double battant claque contre le bois, le loquet tombe sur le morceau de métal. Je ferme la fenêtre d’un geste rapide et maîtrisé.

« Les fragments se matérialisent dans la brume. Ils s’en arrachent comme un cadavre pourrait sortir de terre et s’en éloignent en rampant sur la surface du monde. Et puis, ils… Font des choses aux humains. Quelque chose de mal. Au moindre toucher la corruption, la putréfaction. Personne ne comprend ce que vous désirez, personne ne sait ce que vous êtes et le fond de vos pensées. »

De nombreuses statues peintes ornent les étagères. Quelques peintures et beaucoup de livres vieillissent tristement dans cette habitation suffocante. J’ai délicatement soulevé un pot à confiture vide, laissant à son emplacement un cercle dans la poussière suffocante qui recouvre chaque chose dans cet appartement. Je me sens écrasé sous le poids du désespoir qui hante ces lieux.

« Vous ne vous êtes pas extirpés des ténèbres sans raisons. Quelque chose vous fait naître, au fond de cette brume. Quelque chose qu’un jour, nous tuerons. Nous répandrons le sang de cette chose sur le sol argileux de CLAPS et nous serons enfin libéré de son ombre. »

J’ai tendu le pot à confiture vers l’être.

« En attendant, il est temps. »

De l’autre main, j’ai fait tourner le couvercle sur lui-même en petits cercles concentriques.

« Ce pot est ta nouvelle demeure. Entres-y, entière, et je quitterai les lieux. Je laisserai ces livres tranquilles et plus jamais je ne détruirai d’œuvres d’art. Promis. »

Des frissons secouent mon corps. J’ai de la peine à contenir cette joie intense. Est-ce cela être heureux ?

« Entre. »
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